Une COP n’est jamais un long fleuve tranquille. Celle de Katowice ne déroge pas à cette règle, qui fait le sel des négociations climatiques internationales.

Rapport du Giec

Il s’agit du SBSTA, organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique des négociateurs climatiques.

Samedi 8 décembre, alors que s’achève la première semaine de négociations, quatre pays – Arabie saoudite, États-Unis, Koweït et Russie – bloquent le fait d’ « accueillir » le rapport spécial du Giec sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C, préférant « noter » son apport lors des travaux conclusifs d’un organe technique.

Cette différence, minime, constitue bien un « camouflet pour la place symbolique qu’a ce rapport » dans la mécanique des négociations climatiques, observe Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’Iddri.

Ce rapport, qui souligne l’urgence de l’action climatique, avait pourtant été adopté un mois et demi plus tôt, en Corée, par la communauté internationale, rappelle le climatologue et prix Nobel Jean Jouzel.

« C’est la première fois depuis la conférence de Copenhague, en 2009, qu’un rapport du Giec n’est pas endossé. »

Arrivée des ministres

Même si la péripétie ne préjuge pas de la décision finale de la COP, laissée aux ministres, elle donne de quoi faire à ces négociateurs de rang supérieur, aux coudées plus franches que les ambassadeurs, pour poursuivre le travail accompli lors de la première semaine.

« Ce sont des signaux faibles, peu encourageants en matière de rehaussement de l’ambition, je ne vais pas vous mentir », selon Brune Poirson, lors d’une rencontre avec la presse.

Le projet de conclusions, qui rassemble tous les textes élaborés par les présidents des trois organes subsidiaires de la Ccnucc – APA, SBI et SBSTA –, a été publié le 8 décembre.

Concernant le « rulebook », guide d’application de l’accord de Paris, dont l’élaboration est le principal objectif de la COP24, « les options ont été plus réduites, les textes synthétisés et parfois simplifiés pour limiter les points de négociation », poursuit la secrétaire d’État.

Options opposées

« Le vrai marqueur est que les crochets conservés dans les textes présentent des positions diamétralement opposées », tempère Lucile Dufour, responsable « politiques internationales » du Réseau action climat.

Ainsi, sur l’objectif de financement après 2025, qu’impose la décision de la COP21 (considérant 53), le texte de négociation entier a été envoyé aux ministres, signe que les négociations techniques n’ont pas du tout abouti sur ce point.

Selon les options choisies, les pertes et dommages seront « soit prises en compte, soit pas du tout ». Ces dégâts causés par le changement climatique, d’une telle ampleur qu’ils sont irrécupérables, pourraient être compensés financièrement – ou pas – dans les pays les plus vulnérables par les pays riches.

Le nombre d’options restant à trancher est tel que la présidence polonaise de la COP a donné aux négociateurs jusqu’au mardi 11, soit deux jours de plus que le calendrier prévu, pour parvenir à transmettre aux ministres « des options claires », afin qu’ils puissent enfin traiter des « sujets notables » à partir du mercredi 12. Une liste de « couples de ministres » a été désignée par la Pologne pour avancer.

« Succès » ou « échec collectif »

Lors d’une conférence de presse au format inédit, avec Manuel Pulgar Vidal, ancien président de la COP20 (Pérou), l’ancien président de la COP21, Laurent Fabius, apporte « modestement » son « expérience » à l’actuel président, le Polonais Michał Kurtyka.

« Il n’y a pas un obstacle à surmonter » en cette « décisive semaine finale », « mais deux », selon le président du Conseil constitutionnel : « ne pas avoir d’accord » en fin de COP « ou en avoir un insuffisant ». « Le rôle d’une présidence est d’obtenir un accord aussi ambitieux que possible. »

La présidence ne peut pas tout, répond en substance Michał Kurtyka :

« Le succès de Katowice est dans les mains des parties », rétorque-t-il. « Oui, nous sentons le poids de la responsabilité sur nos épaules. Oui nous faisons notre maximum. » La COP24 « sera le succès des parties ou un échec collectif ».

Autour des négociations

Gilets jaunes : Laurent Fabius ne veut « pas commenter les événements politiques en France »

Ils ne signifient « pas du tout que la nécessité d’une transition écologique juste doit être abandonnée », indique-t-il tout de même le 10 décembre à Katowice. L’ancien président de la COP21 donne sa recette : un « large dialogue social », de la « pédagogie sur la nécessité de la transition » et « le choix de mesures précises adaptées à chaque situation ». « Il est important d’avoir des programmes d’investissement et une traçabilité claire des fins écologiques pour lesquels ils sont mobilisés. »

La France recule dans le classement des pays les plus ambitieux

L’UE se hisse au 16e rang d’un classement mondial des pays les plus ambitieux en matière de politiques climatiques, publié le 10 décembre par German Watch. La France, en revanche, recule de six places à cause d’un « manque d’action tangible dans le domaine des transports et des bâtiments », malgré ses efforts de diplomatie climatique.

Trolls de COP

La France et l’UE très fières de l’augmentation de leurs contributions

L’UE « s’engage en augmentant le soutien aux plus vulnérables », commente Miguel Arias Cañete en annonçant qu’elle donnerait 10 millions d’euros au Fonds pour l’adaptation en 2019. Quant à Brune Poirson, elle se dit « heureuse » d’annoncer que la France allait contribuer à hauteur de 15 millions d’euros au Fonds d’adaptation et de 20 millions pour les personnes les plus vulnérables. À titre de comparaison, l’Allemagne a annoncé le 3 décembre vouloir doubler sa contribution au Fonds vert pour le climat de… 1,5 milliard d’euros.

États-Unis et Australie, trolleurs trollés

Les deux pays ont péniblement tenté de faire la promotion des énergies fossiles, tandis que des activistes scandaient des slogans dont « Keep it in the ground » et « Shame on you ». Des observateurs ont cependant noté que les États-Unis n’étaient plus les seuls à défendre de telles positions : l’ambassadeur australien pour l’Environnement, Patrick Suckling, défendait des réductions progressives des émissions et le recours au captage et stockage de carbone.