« Nous n’avons plus le luxe du temps. Voilà pourquoi il faut que vos travaux ici à Katowice soient finalisés, et en moins de trois jours. »

Le 12 décembre à Katowice, le secrétaire général de l’ONU revient sonner l’alarme alors que les négociations sont enlisées.

« Gâcher cette opportunité compromettrait notre dernière chance d’arrêter l’emballement du changement climatique. Ce ne serait pas seulement immoral, mais suicidaire », selon António Guterres.

Pourtant, « des décisions politiques clés demeurent irrésolues ».

Talanoa et ambition

La clôture du « dialogue de Talanoa » et le lancement d’un énième appel à l’action n’occultent pas le risque de « recul sur l’accord de Paris », martèlent quatre représentants de pays émergents – Afrique du Sud, Brésil, Chine et Inde – lors d’un rendez-vous avec la presse.

Même la reconstitution de la « High Ambition Coalition » en soutien au rapport du Giec et son appel à plus d’ambition dès 2020 n’enflamme pas les foules. Constituée lors de la COP21, cette « ligue » rassemblait alors l’Union européenne, les États-Unis et 80 pays en développement, ainsi que le Brésil.

Allemagne, Argentine, Canada, Costa Rica, Danemark, Espagne, Éthiopie, Fidji, Finlande, France, Grenade, Italie, Jamaïque, Luxembourg, Macédoine, îles Marshall, Mexique, Monaco, Nouvelle-Zélande, Norvège Pays-Bas, Royaume-Uni, Portugal, Sainte-Lucie, Suède et Union européenne.

Seuls deux grands émetteurs la composent désormais – Canada et Union européenne –, mais aucun grand pays émergent, d’Europe centrale et orientale, et surtout pas la Pologne, hôte de l’événement, ni la Belgique ou l’Autriche, présidente du Conseil.

Les textes

Pour faire bonne mesure et avancer, la présidence polonaise publie, en début de soirée, de « possibles éléments pour un projet de décision » à la COP24. Cet « emballage » recense et organise toutes les briques nécessaires à la bonne mise en œuvre de l’accord de Paris.

À l’heure où nous bouclons, le 12 décembre au soir.

Or, les avant-projets de texte, mis en ligne au compte-gouttes dès le début de la matinée par la présidence polonaise, qui a repris la main (relire notre article), sont loin d’être achevés, quand ils le sont, et comportent de nombreuses options.

- C’est le cas sur la transparence, le contenu, la notification et l’actualisation des engagements climatiques nationaux
- Le document sur l’atténuation des émissions de GES contient, lui, moins d’options
- Le comité de douze experts pour faire respecter l’accord de Paris fait, lui, l’objet d’un texte de 8 pages aux nombreuses options. Il « pourra », « devrait » ou « devra considérer » les « problèmes » rencontrés par un État. Soit, s’il ne respecte pas les dispositions de l’accord de Paris ou ses engagements climatiques. Autant d’options et sous-options quand l’accord de Paris, non contraignant, précise déjà que ce comité « fonctionne d’une manière qui est transparente, non accusatoire et non punitive ».
- Le recours à des crédits carbone internationaux pour compenser les émissions d’un pays fait, lui aussi, l’objet d’âpres débats, dans un document de 10 pages : transfert ou non d’une période d’engagements climatiques à une autre, limitation de leur usage…
- Le bilan mondial des émissions en 2025, n’a pour l’heure, pas de texte.
- Aucun document n’est encore disponible sur la finance, sujet parmi les plus sensibles des négociations climatiques.

Autour des négociations

Neutralité carbone : le Portugal mise sur les renouvelables et la mobilité électrique

En marge de la COP, le pays a présenté sa stratégie climatique à long terme visant la neutralité carbone en 2050. Cette dernière doit encore faire l’objet de consultations avec les secteurs concernés. Le pays prévoit de réduire de 45 à 55 % ses émissions de gaz à effet de serre dès 2030, grâce à de nouveaux objectifs d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, respectivement de « 45 à 47 % » et de 35 %, plus ambitieux que ceux déterminés au niveau européen. « Nous voulons montrer qu’il est possible d’atteindre la neutralité carbone dans un pays de 10 millions de personnes », a déclaré à Contexte le ministre de l’Environnement et de la Transition énergétique, João Pedro Matos Fernandes. Les émissions restantes, dans les secteurs industriel et agricole notamment, seraient compensées par une afforestation et une meilleure gestion des forêts existantes.

La France signe une déclaration sur le prix du carbone… sans l’Allemagne

Désormais absente de la COP, Brune Poirson signe pourtant, avec huit autres ministres européens, une déclaration appelant à « renforcer et étendre la tarification du carbone en Europe ». L’Allemagne manque à l’appel. Elle avait pourtant lancé avec la France un groupe de travail interministériel sur le climat, qui devait « présenter d’ici début 2019 des options sur la tarification du carbone ».

La judiciarisation du climat atteint la France

Quatre ONG – Oxfam, Greenpeace, la FNH et Notre Affaire à Tous – ainsi que des citoyens veulent attaquer l’État français devant la justice pour faire reconnaître les « droits fondamentaux » des citoyens face au changement climatique. Les quatre associations se réfèrent notamment à une décision en appel d’un tribunal néerlandais qui a condamné, en octobre, les Pays-Bas à augmenter leur action climatique. Les ONG donneront des précisions sur leur action le 18 décembre.

Pour l’Arabie saoudite, « tous les États sont en compétition » pour le budget carbone restant

Or « certains doivent prendre des mesures plus sérieuses, plus ambitieuses pour inverser leurs émissions, afin de permettre aux pays en développement de continuer à le faire », indique Ayman Shashly, responsable des négociations climatiques de l’Arabie saoudite, à Carbon Brief. Le diplomate justifie ainsi le « rejet » symbolique des conclusions du rapport du Giec sur les impacts d’un réchauffement à 1,5°C, avec les États-Unis, le Koweït et la Russie.

Trolls de COP

Êtes-vous plutôt modernité ou tradition ? Ancestrales techniques de filage ou merveilles technologiques sur grand écran ? Quelles que soient vos préférences, il y en a pour tous les goûts à la COP. L’Inde mise sur les nouvelles technologies avec des bras robotiques qui tourbillonnent, tandis que la Turquie met en avant ses prouesses dans le domaine du textile bas carbone.

Ville, ampoule, forêt, routes… le stand de l’Inde donne un peu le tournis.

Le stand de la Turquie, situé au bout d’une multitude de couloirs, dans l’immense Międzynarodowe Centrum Kongresowe de Katowice.

Video Turkey from Contexte on Vimeo.