Bataille au sommet autour de l’autonomie stratégique de l’Union

Conséquence directe de la pandémie, les chefs d’État et de gouvernement ont demandé à la Commission de renforcer les capacités des Vingt-Sept à défendre leurs intérêts vitaux. Avec son portefeuille à l’Industrie, le commissaire français est en première ligne. Mais en coulisses, ce changement de paradigme crée des résistances importantes.
Éditions Pouvoirs , Numérique
Jean-Sébastien Lefebvre avec Quentin Ariès (Bruxelles)
25 février 2021 à 7h00
Bataille au sommet autour de l’autonomie stratégique de l’Union — DR

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La lente marche des Vingt-Sept vers l’autonomie stratégique européenne

Omniprésente depuis cinq ans dans les débats des chefs d’État ou de gouvernement, l’autonomie stratégique devrait ressurgir dans l’agenda de la future Commission, après les élections européennes de juin 2024. La guerre en Ukraine et la pandémie de Covid-19 ont forcé les Européens à prendre conscience de leurs dépendances extérieures et à les réduire. Si le débat sémantique semble clos, la mise en œuvre, elle, reste poussive, faute d’argent et de feuille de route claire.

Le conflit en Ukraine percute la discussion sur les règles budgétaires

Face à une nouvelle vague d’incertitudes économiques, les ministres des Finances vont devoir prendre davantage de temps pour faire atterrir le dossier. Le sujet ranime de vieux débats sur l'utilisation des flexibilités existantes, et le besoin de créer ou non des catégories spécifiques de dépenses à exclure des règles.

Guerre en Ukraine : un nouvel électrochoc qui met l’Europe face à ses faiblesses

Le front présenté par les Vingt-Sept est uni. Le jour même de l’attaque, ils ont approuvé un paquet de sanctions sans précédent contre Moscou. Deux ans après la pandémie de Covid-19 qui avait déjà révélé de trop fortes dépendances de l’UE envers des pays tiers peu amicaux, cette nouvelle crise a remis en lumière l’urgence pour l’Union de développer son autonomie stratégique.

Sabine Weyand, négociatrice sans fin et fidèle du libre-échange à la Commission

La patronne de la Direction générale du commerce de la Commission est une personnalité bruxelloise incontournable. Depuis 2016 sous les projecteurs grâce à sa nomination comme négociatrice adjointe du Brexit, elle pilote aujourd’hui l’un des services les plus puissants de l’exécutif européen. Mais l’irruption du débat sur l’autonomie stratégique de l’Union rebat les cartes. Portrait.

Les semi-conducteurs, le test grandeur nature pour la politique industrielle européenne

La pénurie mondiale de ces composants clés menace de freiner la relance de l’Union. Face au défi, la Commission « géopolitique » d’Ursula von der Leyen tente de mettre en pratique ses ambitions en matière de politique industrielle pour mieux coordonner les investissements publics et redorer le blason européen dans le secteur. Le commissaire français, Thierry Breton, est en première ligne pour défendre le projet, mais certains poids lourds de l’exécutif restent à convaincre.

À la Commission, le style et la méthode d’Ursula von der Leyen ne prennent pas

Deux ans après son arrivée à la tête de l’exécutif européen, l’ancienne ministre allemande est toujours considérée avec une certaine méfiance par ses services. Les fonctionnaires européens restent dubitatifs sur ses méthodes de travail et sa communication. Et, depuis peu, plusieurs commissaires, dont le Français Thierry Breton, se plaignent ouvertement du manque de débats au sein de l’exécutif.

Standards européens : la soudaine politisation d’un enjeu longtemps méconnu

Ces derniers mois, la question des standards a pris de l’importance dans l’agenda politique bruxellois. Quoique très technique, le sujet occupe une importance clé dans le débat sur l’autonomie stratégique de l’Union. Il faisait aussi partie des dossiers évoqués lors du récent sommet en présence du président américain. Et ce, alors que des tensions émergent depuis quelques années entre les acteurs de la standardisation en raison d’une volonté de la Commission de reprendre la main sur le processus.

Ilze Juhansone, la discrète cheville ouvrière de la Commission

Secrétaire générale de la Commission, cette ancienne haute fonctionnaire lettonne détonne, comparée à son prédécesseur, Martin Selmayr. Première personnalité des pays d’Europe centrale et orientale à ce poste, ses talents de diplomate sont loués au sein de l’institution. En fonction depuis l’été 2019, elle peine cependant à imprimer sa marque dans un exécutif européen en quête de sens.

Pour construire l’autonomie stratégique, Bruxelles commence par identifier ses dépendances

La nouvelle stratégie industrielle de la Commission européenne intègre une revue produit par produit des dépendances clés du continent. Une façon pour les promoteurs de l’autonomie stratégique de l’Union de conduire les adversaires du concept à débattre sur des enjeux concrets.

Les écosystèmes industriels, le dada de Thierry Breton

Le commissaire français veut fonder une partie du travail de la Commission européenne sur la base des 14 écosystèmes industriels qu’il a identifiés au printemps 2020. Mais l’initiative peine à convaincre en interne.

Une Commission européenne bousculée dans son organisation

La réorganisation du collège des commissaires pensée par Ursula von der Leyen, avec la création des postes de vice-présidents exécutifs, a chamboulé les équilibres de l’institution. Une hiérarchie implicite s’est créée entre ses membres, mettant à mal le principe de collégialité. Une tendance encore aggravée par une situation de crise longue… en télétravail.

Document Contexte - L’autonomie stratégique en bonne place dans la nouvelle stratégie industrielle européenne

En raison des vulnérabilités de l’Union révélées par la crise du Covid, les chefs d’État et de gouvernement ont réclamé à la Commission une nouvelle feuille de route. Elle doit être présentée le 5 mai, après un bras de fer interne à l’exécutif entre partisans et opposants d’une autonomie stratégique renforcée. Contexte a obtenu une version quasi définitive de la communication.

Politique commerciale: ce que la crise a changé (ou pas) pour la Commission européenne

Dans sa revue publiée le 18 février, l’exécutif met l’accent sur la nécessité de faire coïncider la politique commerciale avec les grandes priorités politiques, comme le Pacte Vert ou la transition numérique. L’autonomie stratégique de l’Union, notion chèrement défendue par Paris, est ouvertement évoquée. Même si la Commission évoque peu de mesures concrètes pour y parvenir et continue de prioriser la conclusion de nouveaux accords commerciaux.

À Bruxelles, l’autonomie stratégique est le nouveau concept à la mode

La crise du coronavirus a mis en avant la profonde dépendance de l’UE dans des secteurs pourtant jugés cruciaux. Des pistes sont étudiées dans le cadre du plan de relance pour renverser la vapeur. L’idée est défendue depuis longtemps par Emmanuel Macron, mais des divergences d’interprétation existent entre les États.

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