La Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ont exigé, dans une déclaration, la mise sous tutelle de l'exécutif bruxellois. Les ministres des Affaires étrangères polonais et tchèque ont même demandé la démission de Jean-Claude Juncker pour avoir failli dans son obligation de préserver l’unité européenne. Le sommet informel de Bratislava, le 16 septembre, pour « réfléchir sur l'avenir de l'Europe à 27 » s'annonce difficile.

Humour brutal 

« La critique est injuste ». Le président du Conseil européen, Donald Tusk, s'est senti obligé de prendre sa défense.

« Jean-Claude Juncker est la dernière personne à accuser d'être responsable du résultat négatif du référendum britannique », a-t-il affirmé lors de leur conférence de presse commune à la fin du premier sommet européen sans le Royaume-Uni, mercredi 29 juillet.

Mais le mal est fait. Jean-Claude Juncker paie sa trop grande indépendance, son franc-parler et un « humour assez brutal », reconnaît son entourage.

Les dirigeants européens n'aiment pas s'entendre rappeler leurs manquements et le président de la Commission l'a fait sans prendre de gants à plusieurs reprises au cours de la crise migratoire déclenchée par l'exode des Syriens.

Le bouillant Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a pris ombrage des manières de Jean-Claude Juncker. Il s'était publiquement opposé à sa désignation à la tête de la Commission européenne.

Entre les deux hommes, le courant n'est jamais passé et les tensions se sont multipliées. Viktor Orban n'a pas eu beaucoup de peine à rallier ses homologues contre le président de la Commission européenne, car tous sont furieux contre la solidarité imposée par la crise des réfugiés, la politique climatique et les interventions de la Commission européenne dans leurs affaires intérieures.

Enfer 

Le procès est injuste, car la Commission européenne n'est pas le super-gouvernement de l'Europe, comme aiment à la présenter ses détracteurs.

« La décision est toujours celle des États membres », rappelle le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici.

Jean-Claude Juncker se dit blindé face aux critiques. Mais certaines le touchent. Il a vécu un enfer avec la campagne de dénigrement montée en 2014 au Royaume-Uni contre sa candidature à la présidence de la Commission européenne.

Il a été présenté comme un ivrogne incapable d'assumer cette fonction et n'est toujours pas parvenu à se débarrasser de cette image d'homme malade.

La cabale a repris après le résultat du référendum britannique et, cette fois, le coup est parti d'Allemagne, porté par des quotidiens importants. Jean-Claude Juncker s'est senti obligé de répondre publiquement.

« Je ne suis ni fatigué ni malade », a-t-il affirmé avec force lors de son intervention devant les députés réunis en session extraordinaire à Bruxelles, mardi 28 juillet, juste avant le sommet post-Brexit.

« Certains ont intérêt à dire que le président est faible et lancent des rumeurs sur sa santé pour le déstabiliser », déplore son entourage. « Cette cabale n'a rien à voir avec le Brexit. Certains rêvent de lui succéder et font courir des bruits », confirme l'eurodéputé français Alain Lamassoure. 

Guerre de succession

L'attaque a porté. Jean-Claude Juncker est fragilisé.

« L'heure n'est pas venue de parler de succession », a assuré à Contexte le conseilleur d'un dirigeant européen.

Mais les spéculations vont aller bon train à l'approche du terme des mandats de deux ans et demi du président du Parlement européen, le social-démocrate Martin Schulz, et du président du Conseil, le conservateur PPE Donald Tusk, en 2017.

Jean-Claude Juncker a été élu pour cinq ans par le Parlement européen, mais sa mission pourrait être écourtée pour des raisons de santé, soutiennent ceux qui aimeraient le voir quitter la scène.

Dos rond

Jean-Claude Juncker s'est entretenu, dimanche 3 juillet, avec Angela Merkel qui l'a assuré de son soutien, confie une source européenne.

La partie d'échecs est bien entamée, avec ses attaques et ses contres. La chancelière avait tenté d'empêcher sa nomination à la tête de la Commission européenne en 2014, car elle le jugeait incontrôlable.

Si Jean-Claude Juncker a su regagner sa confiance, il est en revanche à la peine avec Wolfgang Schaüble, le redouté et très écouté ministre des Finances allemand, qui n'apprécie guère ses tergiversations d'ordre politique lorsqu'il faut faire respecter les règles du pacte de stabilité de la zone euro.

L'exécutif bruxellois a été prié de laisser passer l'orage. « Trop de gens sont insatisfaits. Il faut retrouver la vocation positive de l'Union européenne », a averti Donald Tusk. Le message semble avoir été compris. 

« Nous allons accélérer les réformes, mais pas en ajouter. Nous devons achever la mise en œuvre de ce qui a été décidé, pas innover », a promis Jean-Claude Juncker.