Quelle conception avez-vous du mandat parlementaire ? Quel équilibre avez-vous trouvé entre les différentes fonctions ?

J’ai fait l’impasse sur la mission d’évaluation des députés, car nous n’avons pas les moyens de la mener à bien. Si nous voulons des collaborateurs de bon niveau, il faut les payer correctement. Or avec le montant de notre enveloppe dédiée, il n’est pas possible d’en avoir beaucoup. La capacité d’un ministre à se sentir concerné par une demande parlementaire est également très limitée. Nous ne sommes pas à armes égales avec les ministères, et notamment Bercy, où même le rapporteur général du budget a parfois du mal à obtenir des informations.

Je recherche un équilibre entre le travail de terrain et le rôle de législateur. Je crois beaucoup au rôle d’interface entre Paris et les territoires. J’ai choisi de circonscrire mon activité législative aux questions liées au numérique et à la souveraineté. J’ai ainsi obtenu quelques missions parlementaires, notamment sur la Blockchain.

Êtes-vous satisfait de votre première partie de mandat ?

Je trouve que nous avons fait beaucoup de travail et à titre personnel, j’ai pu faire avancer des sujets. Avec Laure de La Raudière (députée UDI-Agir), nous avons réussi à placer dans la loi certaines de nos préconisations sur la Blockchain avec des décrets publiés dans les temps et qui respectent l’esprit de ce que nous avions écrit dans notre rapport.

Maintenant, quand nous appelons à Bercy sur ces sujets, ils nous répondent. Nous sommes devenus des interlocuteurs. La Banque de France commence à réfléchir à une cryptomonnaie, pilotée par la Banque centrale européenne. Nous le préconisions dans notre rapport.

J’en suis d’autant plus satisfait que je suis conscient que ce n’est pas toujours comme cela que les choses se passent. Parfois, des rapports qui ont demandé beaucoup de travail sont enterrés.

Est-ce que vous vous sentez toujours en phase avec le gouvernement et le chef de l’État ?

Il n’y a pas de rupture avec la promesse politique initiale, je considère que nous sommes toujours en phase avec le programme présidentiel. Je n’ai aucun état d’âme là-dessus. Certains collègues qui ont quitté le groupe auraient dû être cohérents et démissionner tout court.

Là où j’aurais un problème, c’est si nous renoncions à mettre en œuvre notre programme par peur de la contestation sociale.

Êtes-vous à l’aise au sein du groupe LRM ?

Je n’ai personnellement rien à reprocher au groupe, mais je pense que l’on pourrait faire beaucoup mieux. Il m’apporte surtout des notes techniques et des informations. Mais il n’est pas capable d’accompagner un parlementaire sur un rapport, il n’intervient qu’à la fin du processus, quand un texte est dans l’hémicycle.

J’ai la chance d’avoir une équipe aguerrie qui me permet d’être autonome. Nous travaillons également beaucoup entre députés, de manière informelle sur des sujets précis. Cela se fait à côté du groupe, sans être en hostilité. Je m’appuie aussi sur les administrateurs de l’Assemblée et le réseau que j’ai pu me construire. Cela prend du temps, car il faut trouver les bons interlocuteurs qui vous apportent des informations pertinentes.

J’ai fini pour mettre la main sur cette expertise sur le numérique dans des organismes extérieurs, comme le Conseil national du numérique. Il produit des notes très étayées qui mériteraient d’être lues de manière plus attentive, notamment au groupe. Cela nous aurait évité la proposition de loi Avia relative à la haine sur Internet qui nous amène droit dans le mur.

Sur le plan politique, nous sommes trop à la remorque du gouvernement : le groupe n’est pas force de proposition. Il n’a pas la volonté de construire collectivement des points de vue et des positions qui lui soient propres. Ce n’est pas un hasard si les députés ne viennent plus en réunion de groupe. Et pour le mouvement, c’est encore plus inquiétant : c’est une espèce d’ectoplasme qui n’arrive pas à exister.

Souhaitez-vous redevenir élu local ? Quelle est votre position sur le non-cumul des mandats ?

J’ai été adjoint au maire de Saint-Étienne, je ne souhaite pas y retourner, j’ai déjà donné. J’ai la chance d’avoir des dossiers intéressants à Paris sur lesquels je peux être utile comme législateur.

Je ne pense pas qu’il faille revenir sur la réforme du cumul des mandats comme le proposent certains collègues. Les Français ne comprendraient pas que nous revenions sur un engagement fort de la campagne. Mais là où la loi n’interdit pas le cumul, je ne me l’interdis pas non plus. Avoir un pied dans une collectivité locale peut avoir du sens pour appuyer le mandat parlementaire pour être en prise avec des sujets. Je n’exclus pas de regarder du côté des départementales et des régionales en 2021, car sur le numérique, départements et Régions ont des compétences importantes avec des moyens d’agir.

Comment vivez-vous la montée en puissance des obligations déontologiques qui pèsent sur les élus ?

Il faut raison garder là-dessus et ne pas tomber dans le voyeurisme. Je me suis astreint à publier l’utilisation de mon allocation de frais de mandat. C’est de l’argent public, je dois donc des comptes. Mais c’est ma responsabilité d’élu de décider ce que je fais de cette allocation. Je n’accepterais pas, comme certains le proposent, de monter un vague conseil de circonscription qui aurait un droit de regard sur les décisions.

Je suis favorable à l’initiative sur le sourcing des amendements. J’en dépose très peu, et je n’ai aucune difficulté à indiquer d’où ils viennent que ce soit d’une ONG ou d’une entreprise. Aujourd’hui, il y aura toujours quelqu’un pour vous faire remarquer que vous portez la position d’un lobby. J’estime qu’un élu doit être capable de justifier ses décisions, et ne pas se contenter de dire que l’amendement lui paraissait bien, sans creuser. C’est normal de dire au nom de qui on parle.