Anne-Marie Idrac a présidé la RATP (2002-2006) et la SNCF (2006-2008) après avoir été secrétaire d’État aux transports de Jacques Chirac (1995-1997). Élisabeth Borne a eu le parcours inverse, devenant ministre après avoir dirigé la RATP.

Une haute fonctionnaire et dirigeante d’entreprise peut en cacher une autre. On guettait la nomination d’Anne-Marie Idrac au gouvernement, elle en est finalement absente ; personne n’attendait Élisabeth Borne, et c’est elle qui a été choisie pour conduire les politiques de transport. L’allégeance à Emmanuel Macron n’est pas leur seul point commun : elles sont les deux seules femmes à avoir été P-DG de la RATP et, désormais, ministres des Transports.

Une nomination surprise

Le choix de nommer Élisabeth Borne semble avoir été tardif : comme le souligne Les Échos, elle se trouvait encore au Salon international des transports publics de Montréal ce mercredi 17 mai.

« On ne s’y attendait pas du tout, et elle non plus », assure un lobbyiste. « Elle n’a pas fait acte de candidature, sa nomination a été soufflée par Ségolène Royal », croit-il savoir.

Élisabeth Borne était préfète de Poitou-Charentes lorsque Ségolène Royal présidait la région, en 2013, et elle l’avait suivie au ministère de l’Écologie l’année suivante, devenant sa directrice de cabinet. Une fonction qu’elle a occupée pendant un an, avant de prendre la tête de la RATP.

Immédiatement opérationnelle

Très rapidement après l’annonce de sa nomination, la surprise a laissé place aux louanges. Le député et président de l’Agence de financement des infrastructures de transport (Afitf), Philippe Duron, se félicite du casting :

« Elle est immédiatement opérationnelle. C’est une très bonne connaisseuse des transports, du ministère et de l’État, une grande travailleuse. Elle a tout pour réussir. »

« Elle s’est entourée de bonnes équipes, à la RATP », complète un autre acteur. « Elle est à fond dans ce qu’elle fait », « c’est avant tout une serviteure de l’État ».

La nouvelle ministre a l’habitude des éloges. C’est « une fille extraordinaire, épatante, humaine, une bête de travail incroyable », dit d’elle la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui l’avait recrutée lorsqu’elle était adjointe à l’urbanisme, en 2008.

Une chose est sûre, celle qui a consacré quasiment l’intégralité de sa carrière aux transports ne débarque pas en terre inconnue, à l’inverse de son prédécesseur Alain Vidalies. Outre ses passages dans les ministères et au sein d’entreprises publiques de transport ferroviaire et urbain, elle a également fait un court détour par le privé, dans le secteur de la route cette fois, comme directrice des concessions d’Eiffage.

Ministère délégué : verre à moitié vide ou à moitié plein ?

Contrairement à ce qu’affirment certaines organisations (ici ou ), qui s’en réjouissent, il ne s’agit pas d’un ministère « de plein exercice », puisqu’il est rattaché, et donc placé sous l’autorité du ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot.

« C’est toujours mieux qu’un secrétariat d’État », rétorquent les professionnels. Contrairement au secrétaire d’État, le ministre délégué dispose d’un budget propre et siège systématiquement en Conseil des ministres.

« Les dossiers du transport routier seront de ce fait, chaque semaine, à la table du Conseil des ministres », s’enthousiasme l’OTRE, la fédération de TPE-PME.

Mais comme son prédécesseur, Élisabeth Borne ne pourra pas signer un décret seule : son contreseing ne pourra que s’ajouter à celui de son ministre de tutelle, jamais s’y substituer.

La liberté d’action d’Élisabeth Borne dépendra surtout des marges de manœuvre que lui laissera Nicolas Hulot, que plusieurs sources jugent « peu porté sur les transports ». Selon Slate, Hulot n’a toutefois accepté sa propre nomination qu’après avoir « obtenu dans son périmètre les transports et l’énergie », quelques heures seulement avant l’annonce du gouvernement.

Lors de son accession à la tête de la RATP, en mai 2015, Élisabeth Borne avait déclaré vouloir en faire une « référence en termes de mobilité durable ». Une feuille de route qui, appliquée à la France, ne déplairait certainement pas à son ministre de tutelle.

Des preuves d’indépendance attendues

Si sa compétence ne souffre d’aucune mise en cause chez les concurrents de la RATP, Élisabeth Borne devra en revanche affronter leur méfiance à l’occasion des prochains arbitrages du gouvernement.

« Imaginez le scandale si un patron de laboratoire pharmaceutique avait été nommé au ministère de la Santé », remarque un acteur.

Plusieurs dossiers avec de lourds enjeux concurrentiels – et dans lesquels la RATP est partie prenante – l’attendent : la désignation de l’exploitant du CDG Express, des lignes du Grand Paris Express, ou encore l’ouverture du marché des bus de la grande couronne parisienne. Ce dernier sujet est particulièrement sensible : si l’État maintient l’échéance de 2020, il lui faudra décider d’interdire ou pas à la RATP (et sa filiale RATP Dev) de participer aux appels d’offres avant 2024.

La composition de son cabinet sera également scrutée : une proportion trop importante d’anciens cadres de la SNCF et de la RATP pourrait braquer le secteur privé.