Ecoulement de la production 

[Mise à jour du 1er avril] Des débouchés à réinventer

Les spécialités fromagères sont à la peine. Selon le Conseil national des appellations d’origine laitières (Cnaol), les réseaux de proximité (marchés, crèmeries…) absorbent 12 % des volumes et les rayons à la coupe de la grande distribution, 38 %. Or si ces derniers ne sont pas tous fermés, ce débouché s’est effondré.

Même chose en charcuterie. Dans les rayons, tous les assortiments ne sont pas disponibles. “Il y a eu un coup de frein à la coupe, puisque les distributeurs ont souvent été contraints de fermer les rayons faute de personnel”, décrit le président de la Fédération française des industriels charcutiers (Fict), Bernard Vallat. En conséquence, certaines PME sont dans un état de santé financière critique. “Celles qui arrivent à se focaliser sur les produits emballés tirent leur épingle du jeu, mais les autres… ” se désole-t-il.

Les consommateurs ayant déjà bourré leurs frigos, la deuxième semaine de confinement s’est enclenchée elle aussi avec un contrecoup sur les volumes de volaille. Le président de l’interprofession volailles de chair (Anvol) Jean-Michel Schaeffer décrit :

“Les achats ont reculé, mais en poulet et en dinde, la situation restait tenable. En revanche, pour les petites filières spécialisées, comme la pintade, c’est la catastrophe. ” 

Comme le Cnaol et la Fict, Anvol assiste à la fermeture des rayons à la coupe des grandes surfaces, ce qui la prive d’un débouché important.

Pour les PME-TPE qui ne produisent que des fromages AOP, les solutions sont minces. “Il y a eu un peu de réorientation des produits vers le caritatif, et une réduction de la transformation. Mais que faire du lait ? ”, indique le président du Cnaol, Michel Lacoste. Une partie de ce qui est produit sous la contrainte des cahiers des charges n’est plus valorisée qu’en lait standard, et rémunéré comme tel. Le responsable se bat :

“Nous travaillons avec la GMS, en proposant des produits frais emballés disponibles en libre-service, et on essaye de réouvrir les marchés ville par ville. Mais le consommateur n’est pas à la recherche de fromages AOP, et la fréquentation des magasins tend à se replier. ”

Dans l’espoir de doper la consommation, le Cnaol prépare avec le Cniel une campagne de communication.

[Mise à jour du 26 mars] Les marchés de plein vent fermés, l’appel à la distribution pour le frais

Le couperet est tombé le 23 mars : Édouard Philippe décide de fermer les marchés, avec une application effective dès le lendemain. Le 22 mars, le Conseil d’État avait sommé le gouvernement “d’évaluer les risques pour la santé publique du maintien en fonctionnement des marchés ouverts, compte tenu de leur taille et de leur niveau de fréquentation”. Ce, dans les 48h.

La nouvelle stupéfait la profession (relire notre brève), qui mise sur les maires et les préfets pour s’emparer les dérogations encore possibles.

Ces fermetures posent deux questions majeurs : fermer les marchés, c’est obliger le consommateur à se tourner vers la grande distribution. “Cela va encore plus concentrer l’alimentation”, souligne le directeur des relations institutionnelles agricoles des Mousquetaires Christophe Bonno.

La seconde difficulté repose sur les producteurs qui ont choisi de diversifier leur circuit de distribution, et vendent par conséquent leur production sur les marchés.

Le 25 mars, au Sénat, Edouard Philippe a admis les difficultés provoquées par ces fermetures, tant pour les producteurs qui doivent y écouler leur production que pour les consommateurs.

Il a martelé que “le principe est celui de l’interdiction des marchés”, auquel il est possible d’apporter des dérogations autorisées par les préfets sur demande et avis des maires : » Mon objectif, c’est que dans les communes rurales où le marché est indispensable et peut être organisé dans de bonnes conditions, il puisse se tenir”.

Interrogé par France Info le 24 mars, le ministre de l’Économie a par conséquent appelé “tous les grands distributeurs, qui jouent parfaitement le jeu depuis le début de cette crise, à un nouvel effort”, celui de s’approvisionner en produits français. S’il décrit une grande distribution “exemplaire dans cette crise pour garantir la sécurité d’approvisionnement des Français”, des filières émettent quant à elles quelques doutes (relire notre brève).

L’inquiétude monte également chez les petits commerçants, ainsi que l’a signalé à Contexte un lobbyiste. Des boulangers ont par exemple fait remonter des difficultés de communication entre clients et forces de l’ordre, ces dernières ayant parfois estimé qu’aller chercher son pain n’est pas un acte de première nécessité.

[Mise à jour du 19 mars] L’ouverture des lieux de vente pas encore garantie partout

L’arrêté du 15 mars sur les mesures de lutte contre la propagation du coronavirus a très vite mis les choses au clair : les commerces d’alimentation, de produits surgelés, de fruits et légumes, de boissons, les boucheries, charcuteries, fromageries, boulangeries et les marchés resteront ouverts (relire notre brève).

Mais si l’on entre dans le détail, c’est un peu plus compliqué. « Il y a beaucoup de tensions sur les marchés de plein air », constate le porte-parole de la Confédération paysanne, Nicolas Girod. Les maires doivent les garder ouverts, mais les ferment parfois : trop difficile de mettre en place des mesures de distanciation efficaces.

Plusieurs fédérations de commerçants ont dénoncé ces problèmes. Le ministre de l’Agriculture s’est empressé de rappeler les maires à l’ordre (relire notre brève). Mais il manque un cadre pratique. La Confédération paysanne a réalisé avec Marchés de France un protocole qui vient d’être présenté au ministère.

Main d’oeuvre

[Mise à jour le 1er avril] Inquiétudes croissantes autour de la résistance des employés

L’activité continue, mais au ralenti. “La production est désorganisée du fait de l’absentéisme latent dans les entreprises, mais ça continue”, assure Bernard Vallat pour la charcuterie.

La question est aujourd’hui de maintenir le rythme. “La priorité absolue, c’est la protection des gens qui travaillent”, estime le président d’Intercéréales Jean-François Loiseau, pour qui il est impératif “de protéger les cols bleus”, en particulier alors que le pic de l’épidémie se dessine.

Bernard Vallat souligne le manque criant de masques, “puisqu’en première semaine ils étaient destinés au personnel soignant”. Il espère qu’avec davantage de matériel de protection, les salariés resteront en poste. Et martèle l’importance de récompenser par une prime ceux qui répondent à l’appel.

Pour le directeur de l’association nationale Pommes Poires (ANPP), Josselin Saint-Raymond, la fragilité psychologique des équipes est un point critique. Dans les stations de conditionnement, il observe des baisses de main d’oeuvre “de 10 à 50 % dans certains cas, avec une moyenne comprise entre 25 et 30 %”. Des chiffres très significatifs, pas faciles à compenser, comme il l’explique :

“Réintégrer des personnels extérieurs n’est pas simple : il y a des éléments de blocage, autour de la façon dont ces personnes vont se protéger, au travail mais également chez elles, car l’équipe en place ne les connaît pas. Il faut des masques barrières de protection pour renforcer la protection individuelle des personnes, sécuriser psychologiquement le personnel”.

Pour lui, la capacité des managers à communiquer, à rassurer est cruciale. “La gestion des cas contaminés dans les différentes stations sera déterminante, prévoit-il. Il faut être très clair sur les protocoles qui seront mis en place, afin de rassurer”. Il est très satisfait du guide publié par l’Anses.

Et s’il salue la possibilité donné par la ministre du travail de cumuler chômage partiel et activité agricole saisonnière (relire notre brève), le responsable espère un appui des pouvoirs publics à l’embauche de main d’oeuvre. La Commission a fait un pas dans ses lignes directrices publiées le 30 mars (relire notre brève)

[Mise à jour le 26 mars] Ouverture des recrutements et assouplissements du temps de travail

Sur BFMTV le 24 mars, le ministre de l’Agriculture a appelé les citoyens sans activité à participer aux récoltes, et pallier ainsi à la main d’oeuvre étrangère qui ne peut pas traverser les frontières, ainsi qu’à l’effritement des effectifs salariés (relire notre brève).

Il a signé avec Bruno Le Maire et Muriel Pénicaud un communiqué commun décrivant un plan de soutien spécifique pour faciliter les règles d’accès à l’emploi en agriculture et en agroalimentaire. “Pour faciliter les recrutements, le ministère du Travail met en place, avec Pôle emploi, une plateforme dédiée aux secteurs”, précise le communiqué. A ne pas confondre avec celle « des bras pour ton assiette » en place et déjà relayée notamment par la FNSEA.

Lors des questions au gouvernement du 25 mars, au Sénat, Muriel Pénicaud annonce qu’il est possible de cumuler chômage partiel et activité agricole saisonnière. « Quelqu’un qui ne travaille plus parce que son activité a fermé, pourra venir en renfort dans les champs”, assure-t-elle (relire notre brève).

Parmi les ordonnances associées à la loi d’urgence pour faire face au coronavirus parues au JO du 26 mars, l’une d’entre elles permet d’aménager le temps de travail dans les secteurs prioritaires, qui incluent l’agriculture et l’agroalimentaire (relire notre article).

Mais au 26 mars, aucune mesure n’était prévue pour faciliter les gardes d’enfants pour le personnel de la chaîne alimentaire. La seule ordonnance parue à ce sujet ne vise pas ces métiers là et ne concerne que les jeunes enfants.

[Mise à jour du 19 mars] La main-d’œuvre mal sécurisée dans les entreprises de transformation comme dans les champs

Pour le moment, le taux d’absentéisme dans les différents maillons de la production et de la distribution est contenu. « Je n’étais pas serein la semaine dernière, mais finalement, il n’y a pour l’heure pas d’absentéisme majeur, » constate le directeur général de Culture viande, Mathieu Pecqueur, le 18 mars.

Mais il en faudrait peu pour gripper la machine. « L’interprofession porcine s’est réunie ce matin au téléphone, racontait le président de la Fédération nationale porcine à Contexte le 18 mars. Pour l’instant, ça se passe bien. Néanmoins, tout le monde est inquiet pour l’avenir. » « Le plus grand risque vient des salariés qui travaillent dans les entreprises de transformation », complète Dominique Chargé.

Que ce soit l’abattage ou la collecte laitière, certains métiers ne peuvent s’arrêter, comme l’indique le président du Cniel (interprofession du lait), Thierry Roquefeuil :

« S’il y a trop d’absents dans les usines, c’est toute la collecte qui est remise en cause. On fait passer le message aux éleveurs de tout mettre en œuvre pour réduire la production, mais une vache n’est pas un robinet. »

Pour nombre de professionnels, la solution est simple. Le secrétaire général adjoint de la FNSEA, Patrick Bénézit, la résume :

« L’alimentation étant un secteur prioritaire, nous demandons aux pouvoirs publics que le personnel ait droit aux mêmes facilités que le personnel soignant, c’est-à-dire à la garde et à la scolarisation des enfants. »

La demande vaut également pour les exploitations. « Il y a aussi des problèmes de garde chez les agriculteurs, constate Nicolas Girod. Nous avons demandé au cabinet du ministre d’être traités comme le personnel soignant. » Pas de réponse favorable pour l’instant.

Le coronavirus tombe en tout cas en plein démarrage des travaux de récoltes en fruits et légumes. Le président de Jeunes Agriculteurs, Samuel Vandæle, s’inquiète du manque de main-d’œuvre saisonnière pour les producteurs de fraises et d’asperges, notamment : « Souvent les salariés viennent d’Espagne, d’Allemagne, de Pologne… Le ministère de l’Agriculture est mobilisé, mais là, ça ne dépend pas que de la France. »

À Bruxelles, le problème est posé, mais pas résolu. Côté français, les organisations ont mis plusieurs hypothèses sur la table. Le président de l’APCA, Sébastien Windsor, les détaille :

« Nous travaillons étroitement avec le ministère. Tout est regardé : comment peut-on mobiliser la main-d’œuvre étudiante ? Comment rediriger vers nos métiers la main-d’œuvre qui devait travailler dans l’hôtellerie et la restauration, dans une situation de confinement ? »

Pour le moment, là aussi, les professionnels sont en attente de réponse.

Logistique

[Mise à jour le1er avril] Des tensions résorbées pour partie

“Il faut mettre en place des structures d’accueil pour les routiers, c’est un point essentiel”, juge le président d’Intercéréales, Jean-François Loiseau.

Une position reprise par  le président du comité grandes cultures de FranceAgriMer, Benoît Piètrement : “pour les routiers, la vie quotidienne est compliquée, avec des aires de service qui ne sont pas toujours ouvertes”. Le gouvernement a déjà fait un effort sur ce point… pas encore suffisant pour le responsable.

Mais le secteur doit aussi apporter sa pierre, estime-t-il :

“Les opérateurs doivent mettre des sanitaires à disposition des chauffeurs et livreurs sur leurs sites, par exemple”.

Globalement, les circuits fonctionnent, mais restent fragiles. “L’Alsace est une zone très marquée, et les chauffeurs exercent dans un plus grand nombre de cas leur droit de retrait”, souligne par exemple Benoît Piètrement.

En ce qui concerne le fer, beaucoup de discussions ont eu lieu entre l’interprofession et la SNCF la semaine du 23 mars. Jean-François Loiseau explique :

“Le trafic était descendu entre 30 et 70 % de la normale selon les lignes, avec des risques de fermeture dans certains cas, Mais il remonte progressivement. Au 30 mars, 60 à 80 % du trafic était assuré”.

Côté SNCF, une personne a été identifiée pour faire le lien avec la filière.

La forte réduction de la circulation génère un autre type de tension, qui concerne le biodiesel. “Nous avons un bon niveau d’activité, la production continue, mais la consommation s’affaisse”, reconnaît le responsable communication de la FOP (producteurs d’oléoprotéagineux), Thibaut Ledermann.

Selon le professionnel, elle est aujourd’hui compensée par la hausse de la demande en huile alimentaire, qui permet de maintenir la production de tourteaux essentielle à l’alimentation animale. Mais la filière reste vigilante. Comme Thibaut Ledermann l’indique :

“Un certain nombre de pétroliers ont demandé une suspension de l’incorporation de biodiesel dans le gazole, ce qui est possible dans certaines circonstances. Mais nous avons eu une réassurance de la part des ministres Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher”.

[Mise à jour le 26 mars] Circulation des camions facilitée

L’Etat français comme l’Union européenne ont cherché ces derniers jours à fluidifier les transports de marchandises prioritaires, dont font partie les biens alimentaires.

Le 23 mars, la Commission a publié ses consignes pour que les Etats mettent en place des “voies vertes”, prioritaires pour les transports d’urgence, ce qui inclut aliments et bétail (relire notre brève).

Le secrétaire d’Etat aux transports, Jean-Baptiste Djebarri s’est employé à améliorer les conditions de déplacement des chauffeurs : réouverture progressive des stations services et lieux de restauration sur les grands axes routiers, carte Bison futé dédiée avec les aires de repos fermées et messages de remerciements à la profession.

Quelques jours plus tôt, deux arrêtés ont étendu la période de circulation des camions : d’une part en les autorisant à rouler le dimanche, d’autre part en allongeant les temps de conduite des chauffeurs (relire notre brève)

Mesure administrative utile, un arrêté prolonge les attestations de conformité pour les véhicules de transports de denrées périssables (relire notre brève).

[Mise à jour du 19 mars] L’acheminement des productions pas certain dans la durée

La logistique constitue le deuxième point d’inquiétude majeur. « Nous entrons dans une situation de crise avec une baisse de l’activité pour les transporteurs, ils ne veulent pas assurer seuls le coût d’un retour à vide », décrit Dominique Chargé.

Le 18 mars, Mathieu Pecqueur constatait les premières tensions, davantage à l’aval qu’à l’amont des filières viande : « Les animaux arrivent dans les entreprises d’abattage. Le sujet, c’est plutôt de savoir quelle attestation donner au chauffeur. » Le ministère de la Transition écologique a le problème dans le viseur, mais il n’est pas encore réglé.

Les risques concernent surtout les éleveurs d’animaux contraints à l’abattage par une limite d’âge, comme les porcs et les veaux. Du côté du Syndicat de la vitellerie française (SDVF), le secrétaire général Olivier van Ingelgem parle de « signal faible » de pénurie de chauffeurs pour enlever les animaux.

Plusieurs acteurs observent aussi un ralentissement des ventes en vif vers l’Italie, notamment. C’est le cas de Bernard Lannes :

« Les échanges fonctionnent, les camions ont des autorisations de transporter de la marchandise, mais les flux ne marchent pas à 100 %. »

Les difficultés sont très identifiées : le ministère de la Transition écologique reçoit régulièrement les parties prenantes, des rendez-vous conjoints avec le ministère de l’Agriculture ont eu lieu (relire notre brève). Mais il manque encore des clarifications sur les conditions de circulation des camions, voire sur le caractère prioritaire de l’alimentation.

[Mise à jour du 19 mars] L’accès des exploitants aux fournitures discuté à moyen terme

L’arrêté du 15 mars stipule bien que les établissements vendant des fournitures nécessaires aux exploitations agricoles restent ouverts. Un message simple… pas tout de suite compris. Le président de Jeunes Agriculteurs Samuel Vandæle rappelle :

« Il y a eu un peu de confusion au début, car l’exception agricole n’était pas si claire. Tant que les directives n’étaient pas sorties, nos interlocuteurs n’ont pas mis les transports en route. Mais ça y est, c’est parti. »

À ce stade, le président de la FNP, François Valy, constate que les circuits marchent :

« La livraison d’aliments fonctionne bien. Certaines coopératives restent ouvertes aux professionnels, et les magasins, bien que fermés physiquement, assurent une permanence pour nous remettre les pièces nécessaires dehors. »

Pour Samuel Vandæle, il y a néanmoins un risque sur les pièces détachées : « La France vit au ralenti, ça reste un service minimum, alors tomber en panne peut vite devenir compliqué. Je pense surtout aux salles de traite, dont on ne peut pas se passer. » Et en cultures, des ajustements ont été nécessaires, comme le souligne Luc Smessaert :

« Il y a eu un flottement en début de semaine pour distribuer les produits phytosanitaires. Comme ils sont dans les dépôts classés Seveso, ils étaient dans l’attente d’être dispatchés dans les coopératives et les négoces. »

Les industriels des phytos restent sereins à court terme. La directrice de l’UIPP (fabricants de phytos), Eugénia Pommaret, a fait un point avec les professionnels le 18 mars :

« Les distributeurs ont 60 à 70 % des approvisionnements pour la saison, il n’y a pas de sujet pour les prochaines semaines. »

L’organisation anticipe toutefois un éventuel durcissement des règles et réfléchit à une liste positive de métier qu’il faudra maintenir. Les tensions sont plus fortes en semences, où les volumes à déplacer sont plus importants. Le président de l’UFS (semenciers), Claude Table, explique :

« Plusieurs effets se conjuguent : des quantités et une qualité moindre du fait de la récolte 2019, donc un travail de préparation en usine plus important. La mise à disposition des semences est plus compliquée ».

Le responsable veille surtout pour le moment à ce qu’aucun effet de bord dû à un texte réglementaire inadéquat ne vienne entraver l’activité. À ce titre, il scrute de près les deux projets de loi d’urgence en discussion.

Restauration hors foyer

[Mise à jour le 1er avril] Les filières s’organisent

La fermeture de la restauration hors domicile entraîne de lourdes pertes de chiffre d’affaires pour les fabricants d’ovoproduits (Cocotine, Ovotine…. ) dont c’est le principal débouché.

Après une ruée des consommateurs dans les magasins en début de confinement, les achats se sont stabilisés en seconde semaine. Sans pénurie (relire notre brève).

Une partie de ce qui n’est pas consommé en restauration est réorientée vers la distribution… Mais pas tout. Le secrétaire général du Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO), Maxime Chaumet, explique :

“La production destinée à la RHD n’est pas toujours calibrée, et il y a aussi des oeufs blancs, dont les consommateurs ne veulent pas”, explique.

Comme l’exportation aussi est à l’arrêt, la filière réfléchit à ralentir ce type de production. Et peut-être, à réformer précocement les poules pondeuses en place pour ce débouché. “Les abattoirs ne remontent pas ce phénomène pour l’heure, mais ça va venir”, pressent-il.

Dans les centres d’emballage, l’activité est en hausse de 40 à 60 %. Certains fonctionnent en 3-8, c’est inédit. En revanche, les commandes de l’industrie agroalimentaire s’étiolent. En seconde semaine de confinement, le CNPO constate un repli de 35 %, du fait des équipes réduites dans les entreprises et du débouché de la RHD à l’arrêt.

La fermeture de la restauration hors foyer génère également des difficultés dans la volaille, en termes de gestion de l’équilibre carcasse (relire notre brève). Notamment parce qu’elle est le principal débouché des cuisses de poulet, que les distributeurs boudent à la faveur des filets.

[Mise à jour du 19 mars] Les cantines encore ouvertes en quête d’un cadre plus clair

Plutôt satisfaite de la façon dont les stocks de la restauration collective ont été redistribués à l’annonce de la fermeture des cantines scolaires le 11 mars, la directrice de Restau’co, Marie-Cécile Rollin, est plus circonspecte pour l’avenir.

« Les secteurs de la santé et social (hôpitaux, Ephad…) représentent 47 % de la restauration collective. Nous ne craignons pas le manque de produits, mais la distribution est un maillon en tension. »

Les grossistes distributeurs ont diminué drastiquement leur activité. En partenariat avec le syndicat national de la restauration collective concédée (SNRC), l’association échange avec la Confédération du commerce de gros et international (CGI) pour trouver des solutions.

« Nous avons fait remonter nos craintes au ministère de l’Agriculture. Nous les avons également alertés sur la question de la main-d’œuvre », explique la responsable. Elle peut faire défaut dans les cuisines des établissements qui accueillent encore du public (hôpitaux, Ephad…). La maintenance des machines (four, réfrigération…) est aussi une source d’inquiétude. Pour Marie-Cécile Rollin :

« Les établissements peuvent s’organiser entre eux sur le terrain, mais à cette échelle, il faut que les préfets coordonnent. »