Un pays absent du jeu, souvent critiqué – voire caricaturé – en raison de positions jugées rétrogrades, comme sur le nucléaire ou le numérique. Sans oublier un déficit qui n’est toujours pas repassé sous les 3 %. La France de la fin des années François Hollande n’avait pas de quoi pavoiser à Bruxelles.

Sur la centaine de mesures du programme d’Emmanuel Macron décryptées par la rédaction de Contexte en mars 2017, un quart avaient un rapport avec les questions européennes. Ajoutés à ça les drapeaux européens brandis dans ses meetings de campagne et l’hymne à la joie au Louvre, l’élection d’Emmanuel Macron a provoqué un enthousiasme rarement vu dans la capitale de l’UE.

Les positions défendues par Paris en réalité relativisent cependant ce volontarisme affiché.

Travailler l’image

Faire passer le déficit sous la barre des 3 % une bonne fois pour toutes était l’un des engagements phare d’Emmanuel Macron durant sa campagne. Il était alors l’un des rares candidats à ne pas remettre en cause cet engagement pris par la France à Bruxelles. Selon les premières estimations, les chiffres pour 2017 et 2018 devraient être dans les clous, le regain de croissance aidant. Mais la méthode du président français laisse sceptique.

« La France a conservé une stratégie similaire à celle de l’époque Hollande », souffle-t-on du côté de la Commission. C’est-à-dire attendre « les bonnes nouvelles budgétaires en fin d’année, qui permettent finalement de tenir les engagements ».

« C’est à se demander si les Français ne misent pas sur leur bonne étoile et l’image d’un pays qui réforme » pour gagner du temps, ajoute cette source.

À mots couverts, la Commission européenne a d’ailleurs déjà mis en garde le nouveau pouvoir. Selon elle, la réduction de la part structurelle du déficit (celle qui n’est pas liée aux effets de la conjoncture) reste trop faible, aux alentours de 0,1 % en 2018, contre un objectif de 0,6 %.

Le détachement, une victoire symbolique

Autre débat fondamental de la campagne du printemps 2017, la lutte contre le dumping social et notamment le travail détaché. Pour y parvenir, Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité de réduire le temps maximum du détachement à un an au lieu de deux.

Dès son élection, il s’empare du sujet et en fait une ligne rouge. Ces nouvelles exigences font d’ailleurs capoter l’accord espéré au mois de juin 2017. Il faudra un peu plus de trois mois à Paris pour convaincre ses partenaires d’accepter sa demande. Ce compromis perçu comme inatteignable est salué par une bonne partie de la presse française.

Le président français n’aura vraiment tenu sa promesse de se « [battre] contre les abus liés au travail détaché » au niveau européen que s’il est aussi offensif dans les négociations en cours de deux textes moins médiatiques : le détachement appliqué au transport routier et la coordination des systèmes de sécurité sociale.

Mais cet entêtement d’Emmanuel Macron sur un chiffre totem a suscité l’irritation à Bruxelles, y compris de ses alliés. Car, au fond, la mesure est avant tout symbolique, la durée moyenne de détachement dans l’UE étant de quatre mois, selon les derniers chiffres de la Commission européenne.

Et surtout, pour obtenir cette victoire, Paris a dû concéder l’exclusion provisoire du transport routier de la réforme. Or, il s’agit de l’un des secteurs, avec le bâtiment, où la fraude au détachement est la plus problématique.

Des contradictions sur le numérique

Sur le numérique, le même décalage existe entre les discours parisiens et la réalité bruxelloise. Il faut « créer les conditions de l’émergence d’un “Netflix européen” », n’a cessé de marteler le candidat Emmanuel Macron.

Les positions françaises à Bruxelles sont toutefois en contradiction avec cette promesse de campagne, estime Andrus Ansip, le vice-président de la Commission chargé du marché numérique unique. Selon l’Estonien, rien n’est possible sans la « facilitation de l’acquisition des droits » pour les séries ou les films.

Il a d’ailleurs présenté en septembre 2016 un règlement, dit « câble et satellite », qui va dans ce sens.

Le texte prévoit que les radiodiffuseurs négocient avec les sociétés de gestion collective des droits d’un contenu dans le pays où ils ont leur siège et qu’ils puissent ensuite diffuser les œuvres partout dans l’UE.

Mais que ce soit avant ou après l’élection d’Emmanuel Macron, Paris n’a eu de cesse d’essayer de détricoter la réforme.

Même froideur française persistante sur la question de la libre circulation des données au sein de l’UE. L’enthousiasme d’Emmanuel Macron pour le numérique n’a fait évoluer qu’en façade la position de Paris. Ainsi, au lieu de s’opposer en bloc au texte proposé par la Commission, à partir de l’automne dernier, Paris a tenté de le vider de son contenu.

Le secrétaire d’État Mounir Mahjoubi a ainsi soutenu l’exclusion des données publiques du champ d’application. « L’enjeu, ce sont les données économiques des opérateurs privés », estime-t-il.

Deux semaines avant l’adoption du compromis par les États, la France – avec l’Allemagne, entre autres – propose des amendements allant dans ce sens. Des revendications reprises dans un premier temps par la présidence du Conseil des ministres. Mais la levée de boucliers du secteur privé et de plusieurs pays, dont la Pologne, renverse la vapeur et oblige Paris à ne pas voter contre un texte qui lui déplaît.

« La France a maintenant un Président qui se dit pro-numérique, je ne pense pas qu’elle ait envie d’être perçue comme un pays qui a bloqué la libre circulation des données », soufflait un observateur avant le vote.

Finalement volontariste sur le climat

Côté protection du climat aussi, l’action française était attendue.

Le slogan #MakeOurPlanetGreatAgain, pied-de-nez à la désertion des États-Unis de la lutte contre le changement climatique, a marqué la planète entière. Délaissés dans un premier temps par le nouveau gouvernement, ces sujets sont désormais en haut de l’agenda européen de l’exécutif.

À l’automne, la France reprend par exemple l’offensive pour défendre un texte ambitieux sur le marché européen du carbone.

« Nicolas Hulot s’est réveillé à un moment assez avancé des négociations », selon Klaus Röhrig, de l’association CAN Europe.

Relire notre article sur le règlement sur la gouvernance de l’Union de l’énergie.

Ce regain d’intérêt français pour le changement climatique a même conduit Paris à évoluer sur certains dossiers emblématiques. Après des mois d’opposition à tout contrôle par l’UE du respect par les États de leurs objectifs de développement des énergies renouvelables, le ministère de la Transition écologique fait volte-face au début de l’automne.

La France prend la tête des pays les plus ambitieux et obtient que la Commission contrôle plus régulièrement la progression des pays vers leurs objectifs 2030. Une décision saluée comme un succès par le député européen écologiste chargé du dossier au Parlement, Claude Turmes.

2018-2019, l’heure de vérité

Les mois à venir s’annoncent cruciaux pour la cohérence des ambitions européennes du président de la République. Débat autour de la réforme de la zone euro, consultations citoyennes et élection européenne, Emmanuel Macron a investi du capital politique sur tous ces sujets.

Les discussions sur le prochain budget de l’UE (pour la période 2021-2027), qui démarrent en mai 2018, seront aussi cruciales. Dans son discours de la Sorbonne, le président de la République a fait de la défense, de la protection des frontières et de l’éducation des priorités absolues. Or, pour exister au niveau européen, elles auront besoin de financements.

Un document révélé par Contexte en janvier 2018 montre que l’administration française reprend ces orientations présidentielles. Le texte évoque dans le même temps l’idée de rationaliser les politiques régionale et agricole. Mais, face aux réactions du monde paysan, Emmanuel Macron a indiqué ne pas être favorable  « à un budget moins ambitieux » pour la PAC. Les finances de l’UE n’étant pas extensibles, il faudra bien faire des choix.